De surintendant à représentant… faire le saut ou rester?

27 July 2026

Quand on parle de leur métier avec les surintendants de golf, le mot «passion» revient souvent. Ces gens sont totalement dévoués à leur terrain, à leur industrie.

Bien sûr, le travail est exigeant mais combien valorisant, estiment tous les surintendants interrogés à ce sujet. Il y a de grandes attentes et relever le défi qu’elles représentent, ces attentes, procure souvent une grande satisfaction.

Néanmoins, après avoir consacré des années à ce métier, quelques-uns font le saut… Le saut du côté des fournisseurs où ils occupent alors des fonctions de représentants. Avec leur expérience sur le terrain et leurs années à flirter avec le milieu, ils sont bien placés pour connaître les besoins des fairways et des greens. Et ils ont déjà un solide réseau, un atout majeur pour leur nouvel employeur.

«La passion est toujours là mais certains obstacles ont fait en sorte que j’ai quitté mon poste de surintendant au club Victoriaville pour rejoindre les rangs de l’équipe Triad», dit Jean-René Lessard dont la réputation n’est plus à refaire, lui qui a entre autres donné beaucoup de son temps à l’Association des Surintendants de Golf du Québec (ASGQ).

Il y a quelques années, donc, M. Lessard faisait, comme bien d’autres avant lui, le fameux saut vers un fournisseur. Les obstacles dont il fait allusion sont d’abord d’ordre familial. Tous savent très bien que le métier de surintendant, l’été, ce n’est pas toujours facile de le concilier avec la vie de famille. Mais pour Jean-René Lessard, une autre problématique – de plus en plus soulevée par la confrérie des surintendants – a davantage pesé lourd dans sa décision.

«Je dirais que le problème de recrutement de la main-d’œuvre compte pour 90% dans ma décision, souligne-t-il. Certes, j’avais un bon noyau d’employés mais ce n’était pas suffisant, il fallait toujours recruter du personnel, tenter de trouver des gens qui embarquaient dans la profession et qui se greffaient au noyau d’employés  stables et désireux de faire carrière dans ce domaine. Ce n’était pas facile, c’était toujours un épuisant recommencement.»

Du côté de Laurent Martel, surintendant au club Farnham, la situation est inverse. Celui-ci a préféré reprendre son métier de surintendant de terrain de golf après un bref passage chez un fournisseur.

«Je n’ai été à l’emploi de l’entreprise  qu’à peine quelques mois, précise-t-il. Il fallait que je revienne dans le milieu.»

Et pourquoi donc? La passion, encore la passion…

«Ça me manquait, insiste-t-il. Je voulais revenir dans le golf. Le travail de surintendant est si passionnant. Un terrain de golf, ça évolue tout le temps, ça oblige à relever pleins de défis. Ceux de le prendre dans un état ordinaire, au printemps, et de l’amener à un niveau supérieur en été puis, à l’automne, le préparer à affronter l’hiver.»

Mais il ne s’agit pas de l’unique raison de son retour dans la profession de surintendant. Laurent Martel a renoué avec le métier parce qu’il composait mal avec certains aspects du travail de représentant.

«Oui, mentionne-t-il, la vie familiale est peut-être plus équilibrée, mais les nombreux déplacements deviennent lourds à la longue. Ce n’est pas donné à tout le monde de faire de la route à tous les jours. C’est en bonne partie pour cela que je suis revenu travailler comme surintendant.»

Un retour qui a fait en sorte que quelques années plus tard, le club de Farnham recevait le prix Équipe de terrain de l’année 2025 de l’ACGQ.

«Mon équipe et moi sommes très heureux de ce prix, lance-t-il avec un brin de fierté dans le ton. Il faut dire que le conseil d’administration et l’équipe de direction, dans leur volonté de hausser la qualité de jeu au club de Farnham, a permis un tel succès. Je suis honoré que le CA décide d’investir dans ma vision. Ce prix reçu démontre que cela en valait vraiment la peine.»

Il y a donc celui qui choisit de faire le saut pour devenir représentant et celui qui décide de faire un retour dans le métier. Mais Carl Petitclerc, du club Mont Saint-Anne, a lui fait le choix de marier les deux professions.

En effet, en plus de son travail comme surintendant au golf Mont Sainte-Anne, il travaille pour l’entreprise Triad, au département de la machinerie. Il est gérant régional.

Mais ce n’est pas tout…

«J’ai aussi acquis l’entreprise Affutage Richard, rappelle-t-il. On s’occupe, entre autres, de l’entretien de la machinerie pour le golf.»

Pour lui, difficile de faire un choix. Pas question d’abandonner un domaine pour se consacrer uniquement à un autre. Mais son intérêt pour la machinerie prend un peu le dessus avec l’arrivée de la robotique.

«C’est révolutionnaire, affirme-t-il, enthousiaste. À chaque année, la technologie progresse. Les robots tondeuses deviennent toujours plus performants. Je crois que l’arrivée de la robotique dans le domaine de l’entretien des terrains de golf, va aider au recrutement de la relève. Les jeunes sont dans ce mode-là. Les nouvelles technologies les interpellent.»

Mais quand même, gérer une entreprise d’entretien de machinerie, être gérant régional pour une marque et agir comme surintendant en titre d’un 18 trous, il faut le faire. L’agenda doit être bien rempli.

«Ma situation familiale me le permet. Et j’aime tellement ça! Peut-être que cela m’aidera à prendre ma retraite plus tôt», conclut-il en riant.

Par Martial Lapointe, journaliste