Les femmes se démarquent davantage dans le milieu des surintendants
27 janvier 2026
Elles ne sont pas nombreuses mais elles ne donnent pas leur place non plus. Les femmes travaillant dans les équipes de terrains de golf s’illustrent de plus en plus au point où certaines ont vite gagné des galons ou, encore, comptent de nombreuses années d’expérience.
Nous avons récemment échangé avec deux d’entre elles qui, passionnées, parlaient de leur travail comme un artiste peut le faire pour décrire ses œuvres.
«Il faut vraiment être passionnée car il n’y a pas une journée qui se déroule comme prévu. Il faut être capable de se revirer sur un dix sous rapidement», lance Isabelle Potvin du club Saint-Jean-sur-Richelieu où elle seconde le surintendant en chef, Éric Briand.
«Au quotidien, c’est toujours différent d’une journée à l’autre. Être témoin de l’évolution des changements et des améliorations qui sont parfois fragiles, est un privilège. C’est un continuel changement mais on apprend beaucoup des changements et moi, j’aime apprendre», explique, les yeux brillants et le sourire large, Marie-Pierre Letendre, surintendante en chef au club Victoriaville.
Quand nous l’avons rencontrée, l’été dernier, Mme Letendre se trouvait en pleine action pour que se déroule sans faute le tournoi Coupe Canada, un des plus gros événements de compétition professionnelle au Canada. Malgré son horaire chargé, elle n’a pas voulu rater l’occasion de parler de sa profession qu’elle adore.
Elle a succédé en 2024 à Jean-René Lessard, devenant ainsi l’une des premières femmes au Québec à occuper une telle fonction.
Diplômée en horticulture et aménagement paysager il y a 23 ans, son travail de l’époque l’a conduite au club de Victoriaville. Elle a peu à peu gravi les échelons et quand elle a accepté le poste de surintendante en chef lors du départ de Jean-René Lessard, cela faisait 15 ans qu’elle était son assistante.
«C’est une très belle marque de confiance de la part de la direction et des membres du club de m’avoir nommée à ce poste», précise-t-elle.
Puis elle ajoute : «Quand je faisais mes études en horticulture, les profs disaient : ‘‘N’allez pas du côté des terrains de golf, c’est trop routinier.’’ Et bien non, pas du tout, c’est tout le contraire! Travailler dans l’équipe du surintendant ce n’est pas juste couper du gazon, loin de là. C’est tellement diversifié et cela rend le métier merveilleux.
«J’adore la diversité des tâches, ajoute-t-elle. Dans notre profession, les succès s’entremêlent aux embûches. Parfois, on reste impuissante devant certains problèmes pendant qu’à d’autres occasions, on assiste à de petits miracles.»
«Aujourd’hui, enchaîne pour sa part Isabelle Potvin, être surintendant ou surintendante signifie que tu dois aussi être agronome, météorologue, arboriste, fleuriste, gestionnaire des finances, gestionnaire du personnel, spécialiste en irrigation, mécanicien, connaître les lois sur l’environnement et bien d’autres tâches encore.»
Mais tout cela n’affecte en rien son amour pour la profession elle qui a carrément grandi sur un terrain de golf en suivant du matin au soir son père qui occupait le poste de surintendant au club de Farnham.
«Adolescente, rappelle-t-elle, j’arrosais à la main les verts. Je crois que j’étais prédestinée à faire ce métier passionnant, ce métier où il faut toujours prendre les décisions en fonction de tellement de facteurs comme la tenue de tournois, la température, le manque de personnel, l’horaire des golfeurs, etc.
«J’adore travailler sur mon terrain, continue-t-elle. Je commence en pleine nuit à 3h pour arriver avant les joueurs et ne pas leur nuire pendant leur partie. J’adore voir les animaux qui se promènent sur le golf pendant la nuit. De plus, ici à St-Jean, il nous arrive parfois de voir des montgolfières survolées les allées. C’est de toute beauté!»
Un jour, le père de Mme Potvin a trouvé un bâton de golf sur le terrain.
«Il m’a dit de le prendre et de commencer à jouer, relate-t-elle. Je suis vite devenue une adepte et je crois que savoir jouer au golf me permet de mieux travailler sur le terrain.»
Pour Marie-Pierre Letendre, à Victoriaville, qui a toujours été une grande sportive bien avant de fouler les allées de golf pour son travail, il était tout simplement normal d’apprendre à jouer.
«On comprend mieux notre travail en jouant au golf, estime-t-elle. C’est ainsi que l’on se raffine.»
Dans un milieu dominé par la gent masculine, souhaitent-elles voir davantage de femmes joindre les rangs?
«Oui, bien sûr, répond Isabelle Potvin, mais j’ai l’impression qu’elles ne sont guère attirées par la profession. Je crois qu’une femme, dans ce milieu, a moins le droit à l’erreur.»
De son côté, Marie-Pierre Letendre nourrit l’espoir d’inspirer d’autres femmes à devenir surintendante.
«Ma filles m’a dit, lorsque j’ai été nommée au poste en chef : ‘‘Maman, peut-être que ta nomination va inciter davantage de jeunes femmes à se lancer dans le métier.’’ J’ose y croire. Et d’ailleurs, il y a de plus en plus de femmes assistantes au surintendant.
«L’important, conclut-elle, c’est de faire preuve de beaucoup de transparence dans tes démarches. De prendre le temps de bien expliquer ce que l’on entreprend dans le but d’améliorer le terrains de golf.»
Il faut croire que leurs souhaits semblent se réaliser car. d’année en année, dans les programmes de formations mis en place par l’Association des Surintendants de Golf du Québec (ASGQ), on dénombre de plus en plus de femmes qui s’inscrivent et graduent. Encore tout récemment, le club Ste-Marguerite, près de Sept-Îles, embauchait Stacy O’Brien pendant que d’autres clubs comptent maintenant quelques assistantes dans l’équipe de leur surintendant.
Par Martial Lapointe, journaliste